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L'affaire Beke

 

Dépistage

Dix ans environ séparent l'apparition du produit dans les sphères sportives et les premières mesures efficaces de répression. Dans un premier temps, les fédérations prirent des mesures de contrôle des paramètres sanguins. Ce fut le cas de la FIS (Fédération internationale de ski) et de l'UCI (Union cycliste internationale) en 1997. On veillait en somme à ce que la part des globules rouges dans le sang n'excède pas une certaine proportion.[1] Seulement cette façon de faire n'apportait pas une preuve irréfutable de dopage et la mise en quarantaine du sportif incriminé -jusqu'à ce que ses valeurs sanguines reviennent à des normes plus habituelles- ne pouvait être confondue avec une véritable sanction. Pour cela, il fallait mettre au point un test de dépistage prouvant une consommation illicite. Toute la difficulté résidait alors dans la distinction entre la production endogène d'EPO (produit naturellement par l’organisme) et les apports exogènes (sous forme médicamenteuse). Après bien des péripéties et des espoirs déçus, la solution est finalement venu du laboratoire français de Châtenay-Malabry où des différences très minimes avaient été identifiées entre les molécules, selon qu'elles provenaient du rein lui-même ou du laboratoire pharmaceutique. Celles-ci concernaient notamment le point isoélectrique, c'est-à-dire le pH pour lequel ces deux substances sont électriquement neutres. L'élaboration d'un test devenait donc possible. En pratique, le laboratoire procède de la façon suivante: l'échantillon d'urine à analyser est installé sur une plaque électrique recouverte d'un gel plus acide à l'une des extrémités et plus basique à l'autre. En appliquant un courant électrique aux bornes de la plaque, les EPO naturelles et recombinantes avancent dans le gel, entraînées par leurs charges. Mais elles n'évoluent pas à la même vitesse et pas dans le même sens sur la plaque. L'EPO naturelle stoppe sa migration à un pH compris entre 3,92 et 4,42 tandis que l'EPO recombinante est arrêtée à un pH compris entre 4,42 et 5,11. Pour visualiser les différentes bandes correspondantes aux molécules d'EPO, la technique utilise un procédé immunologique, autrement dit une batterie d'anticorps qui peut être ensuite révélée comme un film photo. Avec cette méthode, on peut donc identifier les différentes sortes d'EPO, qu'elles soient naturelles (il en existe une bonne vingtaine dans le corps) ou synthétiques. On peut même faire la distinction entre les marques comme Eprex® commercialisée par le laboratoire Janssen Cilag et Neorecormon® par le laboratoire Boehringer-Mannheim. Signalons encore que le test nécessite 5 millilitres d'urine et qu'il faut attendre trois jours pour obtenir un résultat. Ce nouveau test fut validé en mai 2000. On crut alors de bonne foi que le dopage à l'EPO serait de l'histoire ancienne.

Notes de pied de page :

  • [1]La FIS a choisi de mesurer le taux d’hémoglobine. Jusqu’en octobre 2000, le seuil maximal autorisé était alors de 16,5g/dl de sang chez les femmes et de 18,5 g/dl chez les hommes. Il a été abaissé ensuite 16g/dl et 17,5 g/dl. De son côté, l’UCI a instauré un contrôle sanguin portant sur l’hématocrite. Le volume total de globules rouges par rapport à celui du sang ne peut pas dépasser 50%.

Article écrit par : Gilles Goetghebuer

Philippe Gilbert

Ambassadeur de la Campagne

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