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L'affaire Beke
Les premières failles
Comme souvent en matière de dopage, il fallait se garder d'afficher un trop grand optimisme. En effet, le test urinaire ne permet qu'un court retour en arrière. On peut détecter une prise d'hormones dans les quelques jours qui précèdent le test mais son efficacité baisse au-delà. Or, les avantages que procure le traitement durent souvent plus longtemps. D’autres critiques concernaient la nature même du procédé et l'interprétation des résultats. De fait, la barrière entre les zones de migration des EPO exogène et endogène n'est pas aussi nette et tranchée qu'on pourrait le souhaiter. En cours d’élaboration du test, il a donc fallu déterminer des conditions d'interprétation qui excluaient toute part de subjectivité. Il fallait trouver un juste milieu pour éviter à la fois les "faux négatifs" (des athlètes réellement dopés mais négatifs au test) et les "faux positifs" (des athlètes non dopés mais positifs au test). Dès le début des discussions, les chercheurs ont admis que le test conservait un risque minime d’erreur et ils étaient parfaitement conscients de la difficulté d'apporter une certitude absolue de la culpabilité du sportif devant les tribunaux sportifs et surtout civils. Le 7 novembre 2001, les représentants d'une série de laboratoires agréés par le CIO (Châtenay-Malabry, Lausanne, Barcelone, Oslo et Sydney) s'étaient donc réunis à Lausanne pour déterminer les critères de positivité. A cette occasion, le patron du laboratoire de Châtenay-Malabry, Jacques de Ceaurriz avait très bien résumé la situation: "Il s'agit d'établir un pourcentage d'isoformes basiques sur l'ensemble du profil de l'échantillon urinaire au-delà duquel on considère que le sportif est positif. Si l'on prend le seuil de 80%, le risque de faux positif est de 1 pour 3000. A 83%, il n'est plus que de 1 pour 10000. A 86%, il tombe à 1 pour 30000". Au final, c'est le seuil de 80% qui a été validé. Autrement dit, avec un faux positif sur 3000. Le test a donc été très vite contesté! Deux cyclistes, l'un espagnol - Joan Llaneras - l'autre, italien -Massimo Strazzer- furent ainsi contrôlés positifs lors des Championnats du Monde sur piste d'Anvers au mois de septembre 2001 puis blanchis à la suite d'une contre-expertise négative. A l'époque, la Fédération espagnole de cyclisme avait demandé à l'Union cycliste internationale (UCI) de suspendre l'utilisation du test français pour manque de pertinence. En l'occurrence, il semble que l'explication réside probablement dans le délai qui sépare le premier contrôle de la contre-expertise. En effet, le test sur l'échantillon B s'effectue souvent plus d'un mois après l'analyse de l'échantillon A. "Il est très possible qu'en un mois, la concentration d'EPO dans l'échantillon B -même conservé à 4°C comme le préconise le CIO- diminue jusqu'à devenir négative", explique Michel Audran, pharmacologue à la faculté de Montpellier.
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