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L'alcool
Le premier dopant du monde
L'alcool est probablement le dopant le plus ancien de la planète sportive. En 1879 déjà, le coureur à pied américain Charles Harriman aurait utilisé du champagne, du brandy, ainsi que d'autres stimulants pour se remettre régulièrement d'aplomb lors d'une épreuve indoor disputée à Londres où il s'agissait de couvrir la plus longue distance possible sur une période de cinq jours. Selon les dires de l'époque, l'homme rentrait dans sa tente "complètement fini" pour en ressortir quelques minutes plus tard "complètement remis". Ce genre de recette-miracle courait aussi dans le monde de l'alpinisme. En 1888, un médecin genevois du nom de William Marcet consacrait un article aux propriétés ergogènes de l'alcool en montagne. En 1907, son collègue suisse, Louis Schnyder, reprenait la thématique après avoir interrogé de nombreux guides professionnels qui confirmaient que la boisson était souvent consommée pendant les courses froides et difficiles. Dans le tennis aussi, on possède de nombreux témoignages selon lesquels on prenait parfois un petit coup pour se donner du courage. On sait par exemple que le père de la Française Suzanne Lenglen -qui était aussi son entraîneur- lui lança une petite fiole de cognac dans le troisième set d'un match acharné contre l'Anglaise Dorothea Lambert‑Chambers en finale du tournoi de Wimbledon de 1919. Suzanne but à la régalade et remporta la partie. A la même époque, Jean Borotra, un des fameux mousquetaires vainqueur de quatre tournois du Grand Chelem, faisait lui aussi appel au cognac pour se sublimer. Beaucoup plus près de nous, Yannick Noah suivait l'exemple de ses illustres prédécesseurs: "Quand je suis nerveux, il m'arrive de boire un petit cognac avant de rentrer sur le court pour me relaxer." L'alcool est aussi très prisé dans le cyclisme pour désinhiber le coureur en prévision du sprint final. Les recettes varient selon les époques. Champagne, bière ou gros rouge. En général, on rajoutait aussi du sucre et on vidait le tout à quelques kilomètres de l'arrivée. La recette est donnée par le Belge Freddy Maertens. Le cycliste allemand Rudy Altig avait aussi l'habitude de boire une grande gorgée de bière glacée avant d'entamer un sprint. En effet, à cet instant de la course, la bière agit comme stimulant et les effets négatifs (fatigue, déshydratation) ne sont ressentis qu'une fois la ligne d’arrivée franchie. Cette pratique a également été constatée en football. Lors d'une interview au journal L'Equipe en 1982, le célèbre joueur français Raymond Kopa rapportait une anecdote qui en dit long sur les mœurs de l'époque. "Une année, nous étions menés 2‑0 par le Stade rennais dans un match de Coupe de France. Le président avait amené deux caisses de champagne ce jour‑là. Comme nous nous attendions à encaisser deux nouveaux buts, nous nous sommes dit qu'une petite rasade ne changerait pas grand-chose à l'affaire. Nous sommes remontés sur le terrain et nous avons remporté la partie par trois buts à deux." On trouve des adeptes de l'ancienne méthode dans la génération actuelle, parmi eux l'ex-défenseur d'Arsenal, Tony Adams, qui pendant des années s'imbibait consciencieusement avant de monter sur la pelouse. Il raconte tout cela dans un livre-confession, Addicted.
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