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Doping to lose
Des boxeurs au tapis
La légende de la boxe est riche de récits plus ou moins crédibles selon lesquels un des deux adversaires -parfois les deux!- aurait été "bloqué" par un soigneur malveillant. Certains témoignages reposent sur les seules sensations du combattant. Mais il est arrivé aussi que les analyses permettent d'attester la véracité du récit. Ainsi, lorsque Harold Johnson, champion du monde des mi-lourds de 1961 à 1963, s'est plaint en 1955 d'avoir été empoisonné avant son match contre Julio Mederos, on a effectivement découvert des traces de barbituriques dans ses urines. Les soupçons se sont aussitôt portés sur l'orange que Johnson avait mangée avant le match. De la même façon, on a trouvé des traces de somnifères dans la bouteille d'eau du Français Richard Caramanolis lors de son premier combat contre le Hollandais Alex Blanchard en 1985 pour le titre de champion d'Europe des milourds. Trois ans plus tard, c'est au tour de Jean-Marie Emébé d'être empoisonné lors de sa défaite contre l'Américain Virgil Hill. Le contrôle antidopage révéla des traces de morphine dans ses urines. Fabrice Bénichou met également sur le compte d'un empoisonnement l'étrange torpeur qui le saisit à son arrivée en Israël en mars 1990 et qui lui coûta son titre de champion du monde IBF des super-coqs au profit du Sud-Africain Welcome Ncita. "J'étais dans un état physique tellement bizarre que je suis allé dès le lendemain effectuer une prise de sang qui a révélé des traces de Valium dans des quantités telles que j'avais dû en absorber tous les jours pendant un bon moment", résume-t-il dans son livre[1]. "On avait dû payer des serveurs de l'Hilton pour en mettre dans ma bouffe à tous les repas." Mais l'histoire la plus extraordinaire remonte au début du siècle lorsque le boxeur danois Battling Nelson effectua un examen clinique pour comprendre ce qui avait pu le rendre aveugle durant son match contre Kid Sullivan le 2 juin 1905. Le médecin constata des traces d'une teinture de belladone, riche en atropine, une substance qui a pour effet d'élargir exagérément la pupille et de troubler la vision[2]. Sans doute que les gants de Kid Sullivan en avaient été imprégnés pendant le combat.
Ces quelques exemples puisés dans l’histoire montrent que la boxe fut particulièrement touchée par ces tentatives d'empoisonnement. A une époque, il fallait se méfier de tout le monde. Même au sein de son propre camp! Lors de son premier match contre l'Espagnol Baltazar Sangchilli en 1935, Alfonso "Panama" Brown a été empoisonné par son soigneur, Bobby Diamant. D'abord saoulé puis attiré dans un bain turc, il a ensuite été invité à avaler un petit remontant qui n'était autre qu'un puissant narcotique. Le pauvre Brown a perdu son titre sans résistance et Diamant le traître a été récompensé de son forfait par un poste dans l'écurie de Jules Avernin à laquelle appartenait Sangchilli. L'histoire se répéta deux ans plus tard. Mais cette fois, c'est l'Espagnol qui fut victime de ce jeu de dupes. Alors qu'il contrôlait tranquillement l'Italo-américain Tony Marino dans l'enceinte du Madison Square Garden de New York, il tomba dans le quinzième round, drogué par son coin.
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