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Le Mystère Armstrong
Une enquête journalistique
Comment le sait-on? C'est la grande question de cet été. Officiellement, les chercheurs ignorent le nom de ceux dont ils testent les urines. Les échantillons leur parviennent assortis d'un simple code. Pour faire le recoupement avec l'identité du coureur, il faut logiquement se procurer le procès verbal du prélèvement. Or, celui-ci existe en un nombre limité d'exemplaires. Le coureur en possède un. Le médecin préleveur aussi (à condition qu'il en ait gardé une copie). On l'envoie également au Ministère des Sports (où l'on affirme que ces documents sont systématiquement jetés à la poubelle après deux ans). Enfin, on transmet une copie aux deux instances sportives: la Fédération française de cyclisme (FFC) et l'Union cycliste internationale (UCI) [1]. Sur base d'un numéro relevé sur le procès verbal, il semble que ce soit de cette dernière institution que provient la fuite même si, à l'heure actuelle, le plus grand flou règne encore sur les circonstances précises qui ont permis au journaliste de l'Equipe, Damien Ressiot, de mettre la main sur les fameux documents. Quoi qu'il en soit, celui-ci aura réussi un joli scoop! Et même s'il dément l'existence d'une "gorge profonde" dans cet "Armstrongate" [2], il aura probablement bénéficié de complicités au sein même des institutions. De la part de qui? On l'ignore encore. Serait-ce une façon pour un dirigeant (ou un ancien dirigeant) de réagir à l'hypocrisie d'une situation qui prive des athlètes "propres" d’une chance de briller eux aussi sur les podiums? Fautil tenir compte d'autres polémiques comme celles qui opposent Armstrong et sa compagnie d'assurance, son majordome, sa masseuse, d'autres coureurs, etc.? Le contexte général mérite en effet d'être pris en considération, notamment la véritable guerre d'influence que se livrent actuellement l'UCI et les organisateurs des trois grands Tours nationaux autour de la question du ProTour. N'oublions pas qu'ASO (Amaury Sport Organisation), la société qui organise le Tour de France est également propriétaire du journal L'Equipe qui a publié les révélations [3]. La succession de Hein Verbruggen à la tête de l'UCI fait également grincer des dents. Certains membres du comité directeur n'ont pas apprécié que le futur ex-président soutienne trop ouvertement la candidature de l'Irlandais Pat McQuaid à qui on reproche parallèlement d'avoir touché de grosses indemnités pour financer sa campagne.
Notes de pied de page :
- [1]Aujourd'hui, le document est également transmis au Conseil de Prévention et de Lutte contre le Dopage (CPLD). Ce n'était pas le cas en 1999.
- [2]Deep throat ("gorge profonde") était le surnom de celui qui fournissait anonymement les informations aux journalistes du Washington Post dans l'affaire Watergate. Sa véritable identité n’a été révélée que récemment: il s'agissait de W. Mark Felt, un employé haut gradé du FBI.
- [3]Amaury Sport Organisation qui appartient au groupe de presse français E.P.A (Editions Philippe Amaury), propriétaire des titres L'Equipe, France Football, Vélo Magazine, Le Parisien et Aujourd'hui, est spécialisé dans l'organisation d'événements sportifs tels que le Tour de France mais aussi le ParisDakar ou le Marathon de Paris.
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