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Un siècle de cocaïne
Histoire
La consommation de cocaïne par les Indiens remonte à plus de 5000 ans. On mâchonnait les feuilles de cette plante pour se donner du courage, oublier la faim, se réchauffer ou tenir le coup des longues marches à travers la montagne. Quand les Européens entrèrent en contact avec les Amérindiens en 1492, ils firent connaissance avec un système métrique bizarre, la "cocada" qui désignait la distance que l'on pouvait parcourir sans se fatiguer en mâchant une seule feuille de coca. Ces propriétés ergogènes furent utilisées plus tard dans notre pharmacopée. En 1750, le botaniste français Joseph de Jussieu en expédition au Pérou ramène les premiers plants de coca en Europe. Mais il fallut attendre 1859 pour que le principe actif soit isolé grâce au travail du chimiste allemand Albert Niemann. Très vite, les médecins trouvèrent toutes sortes d’applications nouvelles à l'utilisation de cet alcaloïde baptisé cocaïne. En 1884, Carl Koller découvre, par exemple, son effet anesthésiant sur les yeux d’une grenouille et propose de l'utiliser localement pour atténuer la douleur au niveau des muqueuses. Vers 1886, un chimiste corse du nom de Angelo Mariani élabore, pour sa part, un étrange breuvage connu sous le nom de "vin Mariani" dont l'effet équivalait à l'inhalation d'une ligne de cocaïne pure! La publicité proclamait qu'un verre après le repas agissait comme "calmant et reconstituant" et "faisait vivre jusqu’à cent ans". Reconnu dans un premier temps par l'Académie française de médecine, le breuvage fut finalement considéré comme une drogue et interdit à la vente en France en 1910. En Belgique, la première loi qui réprime la consommation de la cocaïne (parmi d’autres stupéfiants) date du 24 février 1921. Cette consommation reste toutefois relativement répandue. En se basant sur les teneurs en cocaïne retrouvées dans les eaux de la Senne qui traverse Bruxelles, le professeur Jan Tytgat, toxicologue à l'université de Louvain, a déterminé que la consommation de cocaïne de l’ensemble des Bruxellois s’élevait à 1,5 kilo, ce qui donne environ 10.000 consommateurs quotidiens, soit un pourcent des habitants! Une telle extrapolation peut sembler hasardeuse. Mais les chiffres rejoignent les résultats d’enquêtes similaires en Italie et en Angleterre. Les estimations de la police anglaise font état de 10.000 lignes de cocaïne inhalées chaque jour à Londres alors que les prélèvements effectués dans la Tamise révèlent une consommation quinze fois plus élevée! Selon les mêmes examens effectués dans le Pô qui traverse les grandes villes du Nord de l'Italie comme Turin, 2,7% des jeunes adultes résidant dans cette vallée sniffent une ligne par jour.
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